de Buenos Aires à Cholila du 07/12/2011 au 14/12/2011

19 12 2011

Notre courte nuit prend fin à 4h du matin. Enguerrand souhaite profiter de cet horaire matinal afin de parcourir la plus grande distance possible entre Buenos Aires et le lac de Cholila où cette petite famille a fait bâtir une maison de vacances digne de revues de voyages. Celle-ci se trouve sur une pente abrupte du versant Est du lac de Cholila, province de Chubut, Nord-Ouest de la Patagonie à environ 1 800km du domicile familiale. 30 minutes plus tard, le moteur démarre. Première étape : récupérer cet Italien de Francesco à quelques cuadra (bloc) de là. Il a, en plus de son sac de voyage, un thermos plein de café italien. C’est parti. Nous n’attendons pas d’être lancés sur la voie rapide pour nous endormir, laissant seuls le pilote et le co-pilote. Nous émergeons environ 3 heures plus tard de cette seconde nuit. Il fait jour à ce moment-là et nous commençons à admirer le paysage dont une composante ne changera pas tout au long des 1 800 kilomètres : l’omniprésente horizon. Nous commençons par traverser des plaines agricoles, immenses, géométriques, identiques. Nous ignorons la nature des plantes que nous regardons mais nous avons 50% de chance de nous trouver face à du soja génétiquement modifié qui sera bientôt récolté et exporté notamment en Europe comme base alimentaire de nos cochons, vaches et autres animaux de la ferme et qui se retrouve ces derniers jours à la une de notre actualité. Les kilomètres défilent par centaines et rien ne change ; toujours de vastes étendues vertes qui ondulent avec le vent comme une vague qui déferlerait sans fin. Les quelques arbres qui empêchent cette homogénéité parfaite du paysage doivent être les vestiges des anciennes forets qui, il y a peut-être des siècles, recouvraient ces immenses territoires. L’Argentine est une des nations « grenier » de notre temps. Après plusieurs heures de route, les cultures tendent à disparaitre, une terre ocre et aride s’y substitue avec ça et là des pierres, des touffes d’herbes et quelques arbres rabougris et contorsionnés desquels émane une souffrance, celle de s’être retrouver à pousser dans ce sol brûlant et sec depuis des décennies. Nous quittons la Pampa et sa région pour entrer dans la steppe patagonienne. Il ne s’agit plus que d’un désert à présent. On aperçoit à deux reprises un tatou déguerpir du bord de route à l’arrivée de notre imposant convoi, un nandu se promenant nonchalamment et quelques vigognes ou lamas paître paisiblement. Le vent souffle également très fort dans cette région et Francesco, au volant, nous donnera à ces moments précis quelques bonnes frayeurs lors de dépassements. Tout est sec, hormis les alentours de quelques lacs, apparaissant de nulle part, qui s’étendent sur des kilomètres.

Sur la route, un désert et au milieu, un lac

Nous apercevons parfois des colonies de flamants roses. Juste avant de s’arrêter pour la nuit, nous traversons une véritable oasis, un village coupé en deux par la route que nous empruntons : d’un côté le désert, de l’autre des plantations d’arbres fruitiers cerclés de peupliers haut en couleur et où au milieu coule une rivière. Voilà une transition bien surprenante. Nous passons la nuit dans un village étape du nom de Piedra de Aguila.

Le soleil se couche, les cendres se lèvent

Nous sommes tous fatigués après 17h de route et nous ne trainons pas à nous mettre au lit. Avant de se coucher, Matthieu tentera en vain de trouver sur la télé satellite de notre chambre les images du match de ligue des champions qualifiant Lyon en phase finale au détriment du club du Sparta Prague, retournement de situation extra-ordinaire car les chances de Lyon étaient minces. Ce n’est pas notre réveil, réglé à 6h du matin, qui nous réveille ce jeudi 8 décembre mais les coups d’Enguerrand qui résonnent sur la porte. Nous n’avons pas entendu nos despertador respectifs. Nous nous douchons rapidement, nous habillons et reprenons la route, tout cela en moins de 20 minutes. 400 kilomètres nous séparent à présent de Cholila, trois fois rien. Nous arriverons au village d’El Bolson sur les coups de 13h afin de faire quelques courses. Depuis le début du voyage, Enguerrand ne manque pas de nous renseigner sur les paysages que nous traversons. Il redouble d’effort dans les derniers kilomètres qui nous séparent de la maison. Une surprise nous attend dans cette région : les cendres du volcan chilien qui tantôt recouvrent totalement le sol tantôt restent suspendues dans l’air, créant un voile opaque empêchant de profiter pleinement des Andes. A 3 kilomètres du village de Cholila, nous abandonnons la route pavée pour un sentier caillouteux qui serpente dans au fond d’une vallée. Plus nous avançons et plus la nature devient champêtre et bucolique. Le printemps a fait sortir des plantes d’opulents massifs de fleurs, los lupinos, dont les couleurs s’étendent du blanc, au violet en passant par le rose. Elles ne manquent pas de nous rappeler nos digitales alpines. A présent, nous longeons le rio qui s’écoule du lac et irrigue une partie de cette contrée. Nous traversons plusieurs fois le lit de la rivière, par moment d’une profondeur fleurant plusieurs dizaines de centimètres. On se croirait transportés aux cotés de Mr Pitt dans Légendes d’Automnes. Un décor de rêve pour les amoureux de nature. Le territoire qui entoure le lac de Cholila n’est pas classé « Parc National » donc la construction contrôlée de maison y est autorisée. Aujourd’hui, seulement 7 maisons ont été construites mais il semble que tous les terrains ont été vendus. Imaginez les lacs d’Annecy ou du Bourget partagés entre 7 maisons ! Le bonheur à l’état pur. Nous arrivons ENFIN à la maison vers 15h.

mise à l’eau du zodiac

Cette dernière a vu le jour sous les coups de crayons d’un ami architecte de Virginia. Le résultat est une maison splendide, toute faite de bois et de pierre de la région, intelligemment agencée, dotée d’une terrasse et d’une immense baie vitrée offrant une vue inestimable sur le massif montagneux qui lui fait face, et, au pied, le lac d’un bleu d’azur. Nous sommes stupéfiés par cette maison de rêve.

La montagne se reflète sur une eau limpide

Belle vue du salon

Nous passerons donc 3 jours et demi en compagnie d’Enguerrand, Virginia, Clementia (3 ans), Francesco mais aussi Romina, la sœur de Virginia ainsi que ses deux enfants : Joaquin (5 ans) et Augustina (1 an ½). La maison est un peu petite pour tout ce petit monde et pour ne pas trop faire sentir notre présence, nous acceptons la proposition d’Enguerrand de dormir dehors sous la tente. La belle cheminée n’enlève rien au charme de ce chalet de bois aux lignes épurées. Pas vraiment de programme pour ce séjour : baignades, ballades, détente, bons repas, et tant d’autres.

Premier petit-dej face à une telle splendeur

Les jours passent sans vraiment se ressembler. Le premier jour, nous profitons du ponton situé en contrebas de la maison où il est possible d’accéder par le très célèbre chemin d’Amaury. L’eau est plus que fraîche et rare sont ceux qui se jetteront à l’eau. Nous lézardons quelques temps avant de remonter au chalet pour profiter encore de la vue et de préparer le dîner.

Enguerrand et Matthieu

Clementia

Vickie

Le lendemain, nous partons avec le tout nouveau bateau d’Enguerrand vers une petite plage du lac, nichée sur une presqu’île et que l’on aperçoit depuis la maison. Tout le monde ne part pas en bateau, Matthieu et Romie décident de rejoindre la dite plage en canoë, les vacances !

Matthieu et Romie en canoë

pique-nique au bord de l’eau

On attend

Retour en fin de journée pour une nouvelle délicieuse soirée à discuter, savourer de formidables morceaux de viandes argentines et déguster de bons vins régionaux face à une vue imprenable.

Fin de journée sur le lac

Bon dîner en perspective

Le lendemain, nous partons en ballade avec Enguerrand, Romie et Augustina au sommet d’un col que l’on aperçoit depuis les plages du lac. Matthieu et Enguerand se partageront Augustina sur les épaules. Nous traversons divers types de végétation dont notamment une magnifique forêt de grands arbres. Nous arrivons au col 1h30 après le début de la randonnée, nous donnant une magnifique vue sur un autre lac, coincé dans une vallée encaissée. Le vent souffle si fort qu’il nous fait basculer. Au loin, nous aperçevons une immense cascade qui ne résiste pas non plus à la force du vent. Nous improvisons un petit pique-nique à l’abri des arbres.

Enguerrand face à un autre lac perdu dans une vallée encaissée

Pique-nique au col

Montagne enneigée

Matthieu dans le vent

Soph ébouriffée par le vent

Nous redescendons en profitant encore une fois d’une vue imprenable.

Vue du lac

Fin d’après-midi au coin du feu

Le lendemain, nous partons en solitaire rejoindre le lit d’une rivière que nous avons aperçu la veille. Nous retrouvons par surprise le reste de la troupe qui a fait le déplacement en voiture. La dernière fonte des neiges a laissé derrière elle un lit large d’une centaine de mètres et long de presque un kilomètre.

Vue de l’autre côté du lac

Nous

Wouhaou

Quel bonheur ! Cette ballade nous permet aussi de nous isoler car nous partageons depuis 5 jours le quotidien de cette petite famille et il faut dire que nous avons pris l’habitude de ne vivre qu’à deux. Durant ce séjour à Cholila, nous faisons ce que nous pouvons pour alléger le quotidien de nos hôtes : nous préparons quelques repas et participons au rangement et autres petites tâches journalières. Dans nos heures perdues, Sophie en profite pour bouquiner encore et toujours, Matthieu d’améliorer ses techniques de photographie. Nos journées bien remplies nous ont donné l’impression que le temps s’est ralenti dans ce coin du bout du monde.

Couleurs du soir

Le moment de repartir arrive déjà. Romie et ses enfants, qui prendront l’avion, vont nous déposer au village de Cholila afin que nous puissions prendre un bus pour rejoindre notre prochaine étape : El Parque National los Alerces, qui se trouve à moins d’une centaine de kilomètres de là. Nous faisons nos adieux et présentons nos remerciements à la petite famille qui nous aura permis de découvrir à la fois l’endroit le plus peuplé du pays et un endroit des plus isolés. C’est un réel plaisir de retrouver le sentier qui nous a amenés ici quelques jours plus tôt, retraversant les rivières, les chevaux, les fleurs sauvages, ces montagnes, ce lac.

Roses sauvages

Ce petit séjour à Cholila nous a également permis de nous confronter à la réalité d’une famille en vacances (parents et enfants) et nous fait réfléchir pour notre avenir. Romie nous dépose devant le petit bureau d’information touristique de Cholila qui ne doit pas abriter plus de 500 âmes. Enguerrand nous a expliqué la veille qu’un bus passait à 17h pour rejoindre la Villa Futalaufquen, point de départ de nos futures expéditions. Mais surprise : pas de bus aujourd’hui, ni demain mais seulement après-demain. Nous ne voulons pas prendre le risque de faire du stop aujourd’hui et nous retrouver au beau milieu de nulle part sans hébergement. Nous décidons alors de rester deux jours dans ce village de Cholila et nous en profiterons pour reprendre nos affaires : lessive, blog, tri des photos, mails et recherche des actualités. Mercredi à 17h nous prenons le bus pour le parc national des Alerces.

See you


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